ON N'EST PAS PRÊT D'OUBLIER

Mariage

Mariage

C’est au hasard d'un brushing qu’Amy fut mise devant l’évidence. Son fiancé — enfin son ex-fiancé — se mariait le lendemain. Incompréhensible, car ils avaient annulé la cérémonie d'un commun accord il y a huit semaines ! C’était pourtant ce qu'attestait ce faire-part qu’elle tenait entre ses doigts. Ce salop avait tout conservé : leur salle, leur traiteur leur faire-part. Enfin tout, sauf elle, l'ex-mariée. Vingt-quatre heures plus tard, tout était clair. Elle l'aimait, elle l'avait toujours aimé. Son grand jour était arrivé. Elle allait mettre sa robe et s'unir à lui pour la vie !

Un avant-goût des
premières pages

L’inquiétude de Kémi accrut en découvrant le quartier. Était-ce vraiment dans ce coupe-gorge que se trouvait le meilleur salon de coiffure de Dakar? Son regard erra sur des ordures entassées aux façades abimées des bâtiments. Le taxi se rabattit sur un trottoir ensablé et elle descendit malgré elle. Était-ce vraiment le seul salon dans le quartier Liberté entre une école et un télé-centre? Le chauffeur lui-même lui avait confirmé qu’il y avait six quartiers qui se nommaient Liberté! Elle s’agaça. Elle n’avait pas vraiment prêté attention quand Rokhaya lui avait donné l’adresse. Encore moins quand elle l’avait à son tour communiquer au chauffeur. Pour elle Liberté 3 serait aussi proche de Liberté 4 que le trois et le quatre étaient proches. Ils étaient bien là. Elle était arrivée, plus d’une heure après son rendez-vous. À ce rythme, son sens de la désorientation couplé à sa mémoire désastreuse enrichirait tous les taxis de Dakar. Elle tendit un billet de 2000 francs par la vitre avant et patienta. Le chauffeur redémarra sans plus de formalités. Elle frappa sur la carrosserie pour le retenir. C’était mille francs de plus que ce qu’ils avaient convenu ! L’homme tempêta et enchaîna une telle volée de mots qu’elle en fut statufiée. Son visage s’était durci et il argumentait à grands gestes. Mais sur quel propos ? Elle plissa les yeux pour se concentrer mais peine perdue : sa compréhension du wolof[1] était trop rudimentaire. Quand les mots arrivaient à ses oreilles, elle avait l’’impression de se trouver devant une chaîne cryptée du câble. Où passaient les voyelles? Elle calcula mentalement l’argent qui lui restait. Elle allait devoir négocier serré pour le trajet du retour. La voyant hésitante, le taxi redémarra et disparut dans un nuage de poussière. Comme tout le quartier, la façade du bâtiment n’avait pas été épargnée. Plusieurs morceaux dans le mur d’enceinte étaient tombés transformant l’enseigne « Daba coiffure » en « Dibi coiffure ». Kémi fixa l’enseigne circonspecte. Dibi ce n’était pas ce plat fait de morceaux de viande grillée agrémentés d’oignons et de poivrons. Si cette Daba coiffait comme le plat, autant ne pas se risquer à en entrer. Sur la porte vitrée, elle nota dans son reflet le pli hélas familier au niveau de ses sourcils. Elle se força à adopter une mine neutre : hors de question qu’elle soit immortalisée le jour J avec cette tête ! Elle soupira. Demain arriverait bien assez tôt. Aujourd’hui était la veille de son mariage et elle n’avait pas le luxe d’une crise d’hystérie

L’atmosphère climatisée la paniqua. La pièce était exigue et environ vingt personnes s’y trouvaient. L’air moite alourdi par les relents de laque lui brûla les yeux. Elle couvra sa bouche et toussa. La lumière qui provenait d’une fenêtre de toit soulignait la poussière sur les murs d’un orange douteux. Elle parcourut la pièce du regard. Sur sa gauche, trois femmes rigolaient dans des fauteuils usés. Sur le long de la paroi en face, quatre autres femmes étaient installées face à des miroirs écaillés décorés de spots. Un peu plus loin, elle distingua un renfoncement, mais elle ne voyait pas ce qui s’y déroulait. Elle n’avait rien à faire ici. Kémi fit demi-tour et appuya sur la poignée de la porte vitrée. Aide-cuisinière dans un hôtel à Saly, Kémi se trouvait ici sous l’insistance de sa patronne Rokhaya. Une sorte de folie avait embrasé Rocky quand elle avait appris son mariage avec Djibril, un de ses très bons amis. Kémi n’avait pas eu le choix. Après lui avoir prêté gracieusement une salle pour la réception, voici que Rocky avait décrété qu’il lui fallait une coiffure digne de ce nom. Mais qu’allait-elle pouvoir dire à sa patronne : « Le salon était beaucoup trop vétuste pour moi » ou encore « Je n’y ai trouvé de coiffeuses, juste des clowns… ». Kémi soupira : on ne la surnommait pas Rocky pour rien. Perdue dans ses pensées, ce fut qu’à cet instant qu’elle remarqua que les discussions s’étaient arrêtées. Les regards convergèrent vers elle. Elle se racla la gorge et inspira pour se donner du courage.

[1] Le wolof est une langue parlée au Sénégal, en Gambie et en Mauritanie.

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